Les vieux de mon Master

Publié le par astheny

Je ne sais pas si j'en ai déjà beaucoup parlé, mais cette année, je suis en Master 2 Professionnel. Et si je vous ai pas trop raconté encore, bougez pas, ça va venir.

Avant toute chose, je voudrais dire que je trouve cette appellation trop laide. Autant, pour bac+4, je trouve "Master" plus stylé que "Maîtrise", autant pour le bac+5, je kiffais grave les "DEA / DESS", beaucoup plus élégants que "Master 2". Donc même si je parle de "Master 2" comme ça, pour pas passer pour un fossile attaché aux vieilles appellations, sachez que dans ma tête, je suis en "DESS" (non mais !).

Bref, aujourd'hui il faut que je vous parle des vieux de mon Master.
Déjà, je suis un gros batard parce que je les appelle "vieux", mais ils sont pas si vieux que ça. Ils doivent taper dans la quarantaine mais bon, par rapport à la moyenne d'âge, ils sont quand même bien au-dessus.
Ils sont 4 (comme les Trois Mousquetaires) et ils viennent tous de l'Assistance Publique Hopitaux de Paris pour suivre les cours en formation continue. Pour certains, la raison de leur venue est obscure étant donné qu'ils sont déjà cadres dirigeants, je vois pas trop ce qu'ils peuvent espérer mais bon...
Le truc drôle, c'est qu'ils sont en décélage complet avec nous autres, étudiants de longue date, et qu'ils ont chacun un style d'adaptation bien différent. Nous allons donc les passer en revue si vous le voulez bien (si vous ne le voulez pas, vous pouvez toujours le dire en commentaire, mais je crains qu'il ne soit trop tard).

- La bruyante
La bruyante parle, elle parle sans arrêt et elle parle fort. Impossible de la manquer, de l'oublier ou de l'esquiver : elle est là et elle veut que ça se sache.
La bruyante a oublié toutes les notions de prise de parole en classe et la parole, elle la prend quand elle veut. De plus, elle a une capacité sonore qui dépasse de loin celle d'une personne normale, étudiante ou prof, donc elle ne s'embête pas de savoir si quelqu'un d'autre était en train de parler. Quoiqu'il dise, ce sera de toute façon couvert par sa voix.
La bruyante a un avis sur tout, intervient tout le temps, défend son point de vue, pose des questions auxquelles elle a déjà une réponse juste pour pouvoir la brandir. 25% du temps de parole en cours lui est alloué, c'est comme ça.
La bruyante a toujours raison. Face à une prof de Droit du Travail, elle sait mieux comment fonctionnent la législation des syndicats. Etrangement, cette assurance craque complètement en cours de comptabilité où, toute perdue qu'elle est, on ne l'entend pas.
Aller à l'encontre des convictions de la bruyante va vous valoir un sermon de plusieurs minutes après lesquelles vos oreilles siffleront longtemps puisque vous aurez perdu la moitié de votre audition environ. Par exemple, la bruyante trouve que l'on offre des jouets trop chers aux enfants à Noël, ne la contredisez pas.
La bruyante a une vie pleine de malheurs et en fait profiter tout le monde. S'il y a un problème sur un RER dans la journée, elle est forcément dedans.
La bruyante a néanmoins une utlité, elle sert de balise argos pour repérer la salle dans laquelle on a cours. Il suffit de suivre sa forte voix à travers les dédales de couloirs du bâtiment, on l'entend de n'importe quel recoin.

- Le beau gosse
Le beau gosse n'est pas spécialement beau, il est même un peu dégarni, mais il a la classe donc c'est quand même un beau gosse.
Le beau gosse comprend tout direct. Il assimile et parient à le mettre directement en confrontation avec son expérience personnelle et professionnelle. Il parvient donc à toujours avoir un commentaire approprié et instructif, quel que soit le sujet.
Le beau gosse parle super bien, même en total impro. Il a un vocabulaire de folie, il articule, il met en scène ses phrases, tout le monde l'écoute.
Le beau gosse n'arrive jamais en retard malgré les grèves, d'ailleurs il a forcément le train direct sans l'attendre, ou alors il vient en voiture et échappe miraculeusement à tous les embouteillages.
Le beau gosse trouve tous les cours enrichissants, et les apprécient.
Le beau gosse nous irrite beaucoup.

- Le faux-jeune
Le faux-jeune s'appelle Pascal ce qui fait pas trop jeune comme prénom, du coup, dans son mail, il a mis "scalpa". C'est le premier indice qui m'a permis de détecter sa fausse-jeunessitude et de comprendre un peu son comportement. Parce que le faux-jeune, il est parmi des jeunes, il se remémore ses vertes années quand lui aussi était jeune et du coup, l'ambiance université aidant, il s'y croit à nouveau.
Le faux-jeune a plein de photos de lui jeune et il les montre aux vrais jeunes pour prouver qu'il a pas toujours été vieux. Par exemple, il me présente sa photo de permis de conduire "tu vois, moi-aussi j'avais les cheveux longs !". Qu'est-ce que vous voulez répondre à ça ? "Ah oui... quelle coïncidence... le monde est petit...".
Le faux-jeune a compris pour approcher le vrai jeune, il faut l'appater avec des services matériels. Aussi, en tant que faux-jeune, il a une vraie voiture et pas un vieux machin d'occase qui démarre pas quand il fait en dessous de 10 degrés dehors. Il propose donc du covoiturage aux vrais jeunes. "Pas de problème, je passe te prendre, c'est pas loin".
Le faux-jeune essaie aussi de coller aux intérêts du vrai jeune, l'utilisation des nouvelles technologies est un bon moyen de montrer qu'on est pas un vieux. "Tu connais Priceminister ? C'est super ! J'ai eu mes livres pour 5 euros !". Moi, qui suis un batard "Ouais, je l'ai emprunté à la bibliothèque celui-là, c'était gratuit".
Dans la salle, le faux-jeune ne s'assied pas avec ses collègues vieux, il se fond dans la masse de jeunes et n'hésitent pas à changer de place pour se rapprocher des jeunes s'il reste une place libre entre lui et eux. De la même façon, il ne mange pas avec ses collègues mais il va chercher un sandwich avec les jeunes.
Enfin, le faux jeune s'essaie (avec plus ou moins de succès) de parler ce qu'il pense être le parler jeune : "ouais mais là, tu m'casses" (en réponse à ma réplique bibliothécaire).


- La mystique
On ne peut pas catégoriser la mystique, qui se place un peu entre le beau gosse et le faux-jeune, sauf qu'elle y ajoute un voile de mystère.
La mystique parle peu, elle s'exprime par moues sur son visage, par sourire et, si elle est expansive ce jour-là, par gestes. Position difficile lorsqu'elle vous regarde fixement avec un visage particulier, attendant une réponse de votre part que vous êtes bin incapable de formuler, étant donné que vous ne déchiffrez pas ce qu'elle veut dire (en général, j'acquiesce avec un semi-sourire, en espérant que ça lui suffise, ce qui est rarement le cas).
La mystique critique un peu tout mais est quand même contente d'être là. Elle garde ses distances avec les jeunes mais elle peut être parfois très familière avec l'un d'eux. Elle a l'air de s'en foutre un peu de la formation, mais s'y investit beaucoup. La mystique est traversée de contradictions.
La mystique s'amuse un peu de tout et on ne sait pas bien si elle rit avec nous ou si elle se fout de notre gueule. Pour maintenir la paix sociale, on opte pour la première solution mais bon...
La mystique reste un cas à étudier car elle est loin d'être décryptée, affaire à suivre donc...

Voilà, c'était le premier article d'une série sur mon Master. Quand je serai motivé, je vous parlerai un peu de la recherche de stages ou du décalage entre les étudiants pendant leur formation et le métier qu'ils exerceront plus tard.
(mais seulement si vous êtes sages)

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Mikako 21/01/2008 16:20

Finalement on retrouve le même types de personnes au travail et à la fac... ça me fait peur, si un jour je suis vieille étudiante , les autres me jugeront? Vous êtes assez effrayants, les étudiants, finalement.... (je parle comme une vieille, mais je dois pas être bcp plus vieille qu'une personne en DESS...)Au fait, c'est la première fois que je viens ici, et j'ai vraiment bien rigolé :)

Dame G. 11/01/2008 07:01

Bon, et bien ?

elouane 18/12/2007 13:52

C'est marrant de voir qu'on a ts eu des vieux de ces catégories là pdt notre formation... mais c'est surtout moins marrant quand effectivement la bruyante(qu'on peut aussi appeler la chieuse!) pose une question conne à la fin d'un cours pas passionnant, et ce en fin de journée.... Le beau gosse est bien enervant car toujours de bonne humeur même si tu sait que sa vie est compliqué et son emploi du temps over booké, il reste dispo "pour toi" parce que tu en as besoin... En même temps il est super entouré car il est vraiment interressant... par contre le vieux jeune, moi c'etait une vielle jeune qui essayait de s'habiller comme les jeunes et ca donnait ....!  la pauvre...pas de mystique si ce n'est une bizarre... equivalent?mais tu as eviter, apparemment, la cheftaine... qui est tjs là à l'heure, qui se met tjs bien devant, qui râle dès qu'il y  a un bruit en salle, qui denonce les pbs de promo, qui tente de diriger nous autres jeunes...vivement la suite

moi 15/12/2007 22:08

c'est vrai que c'est frappant ça: tous les bruyants sont des gens qui ne l'ouvrent que pour poser des questions idiotes...

Miladee 12/12/2007 20:32

75 % des bruyantes posent une questions hyper chiante pile à la fin du cours, quand tout le monde a rangé ses affaires et est dans les starting block pour prendre le bus/train/métro/RER?... C'est le cas de la tienne ?