Mercredi 20 décembre 2006
Ce soir, j'ai envie de parler suicide.
Ah oui, avant tout, il me faut prévenir les éventuels étudiants de sociologie qui seraient arrivés par mégarde sur cette page : ceci n'est pas un recueil de tips pour l'étude du Suicide de Durkheim, Google t'a mal indiqué.
(car oui, il faut savoir que tous les étudiants de sociologie de première année commencent par étudier le Suicide de Durkheim, sujet gai et léger, sans doute pour leur faire prendre conscience de la convivialité de la discipline qu'ils ont choisi)
Bref, parlons suicide. Mais d'abord, une petite musique :
Alors voilà, j'en vois qui commencent à faire la grimace, comme quoi c'est morbide comme sujet, que je ne suis qu'un émo-goth qui aime bien me torturer en parlant de mort sur un ton déprimé. Bon, first, le goth c'est pas mon trip. Ensuite, je pense qu'il y a un véritable problème de communication au sujet du suicide. Sérieux, y'a trop une muselière sur le sujet : je connais pas d'oeuvres (livres, films...) qui abordent vraiment le problème (à part Virgin Suicides, dont j'ai pris la musique pour la coller au-dessus, mais c'est différent, Sofia Coppola est trop forte), quant à la télé, n'en parlons pas.
Et pourtant, le suicide est une véritable réalité statistique. C'est la seconde cause de mortalité chez les jeunes de moins de 24 ans et la première chez les 25-34 ans. Et mon avis vaut ce qu'il vaut, mais le silence taboutesque qui existe autour ne doit pas arranger les choses (ben ouais, si on veut se suicider et qu'on ose pas en parler de peur de se faire mater de travers, a priori, on passe plus facilement à l'acte).
Perso, j'emmerde les sujets tabous donc je me lance.
Ouais, j'ai été suicidaire, je peux témoigner.
Bon, quand je dis que j'ai été suicidaire, il faut savoir que j'ai un été un peu un suicidaire du dimanche vu que j'ai jamais fait de tentative (planifié une, tout au plus). Oui, je sais, je suis un tout naze, je mérite même pas de parler, je... Je... Filez moi une corde je vous prie...
Malgré tout, il existe plusieurs périodes de ma vie où j'ai reçu divers coups que j'ai moyennement encaissés et qui m'ont mis dans un état bizarre. L'impression d'être KO, de ne plus faire partie de la vie qui m'entourait, de la regarder défiler comme on regarde un film, sans me sentir impliqué...
On est souvent tenté de dire qu'une personne qui se dit suicidaire ne veut qu'attirer l'attention sur elle. Ben je vous le dis, c'est dangereux de penser ça. Quand on pense au suicide, on envisage pleinement et froidement la possibilité de mourir, tout simplement parce que la mort semble beaucoup plus douce que ce qu'on vit sur le moment, parce que quand on souffre, on a envie qu'il y ait une fin et le suicide est un moyen d'y parvenir.
Ca peut sembler super cliché ce que je dis là, mais c'est une réalité à ne pas perdre de vue parce qu'on a tendance à sous-estimer le désir de mort chez les autres.
Autre chose à savoir : quand on est suicidaire, on ne se tire pas une balle brutalement du jour au lendemain, comme ça. Un suicide, ça se planifie, il faut réfléchir au quand, au comment, peser les risques (ou les chances, selon les cas) de se rater, etc. Donc ça se cogite. Et pendant cette période, on lache des appels au secours, mais subtilement.
Le suicidaire a l'impression que ce qu'il dit est clair, quand il laisse échapper, moitié plaisantant, une remarque sur les possibilités de mettre fin à ses jours (comme la corde que j'ai évoquée au-dessus), ça lui semble un aveu évident du fait qu'il est sur le point de se suicider.
Par contre, pour les gens qui l'entourent, c'est beaucoup moins clair et ils peuvent complètement zapper sans que ce soit vraiment leur faute.
Le problème étant que le suicidaire, il a l'impression que personne ne s'intéresse à lui, et c'est pas ça qui va lui remonter le moral.
Est-ce que, malgré tout, il n'y a pas une part de volonté d'attirer l'attention ? Oui et non. Je dirais que plus qu'une volonté de se faire voir, c'est plutôt un "test" pour voir si quelqu'un va venir lui sauver la vie. Car si quelqu'un lui sauve la vie, ça va lui signifier que non, sa vie n'est pas quelque chose de négligeable et dont tout le monde se fout.
Est-ce qu'on peut guérir un suicidaire ? Je n'ai pas la réponse, mais j'en doute.
J'ai l'impression que l'envie, à une période de sa vie passée, de se donner la mort est une expérience qui reste gravée à jamais. Quand on a calculé froidement la possibilité de mourir, qu'on a analysé la chose, qu'on y a pensé souvent, ça reste. Ca ne veut pas dire qu'on pense 24/24 à se suicider, mais il va y avoir des périodes où ça va revenir, où l'on va à nouveau regarder du haut de la fenêtre du 5ème étage en se posant des questions, où l'on va marcher sur le bord du quai en se demandant si...
Personnellement, je sais que j'ai été marqué définitivement. C'est assez simple de s'en rendre compte : avant, j'avais une peur bleue de la mort et maintenant, plus du tout. La mort me semble être une façon tout à fait acceptable de mettre un terme à mes problèmes. Pour le moment, ma vie est plutôt simple (sans être particulièrement joyeuse) mais je sais que si cela se complique, je serai capable d'en finir brutalement.
Et je suis extrèmement sceptique quant aux différents organismes d'écoutes sur le suicide. Je n'ai jamais, mais alors jamais, envisagé de contacter l'une d'entre elles, je ne me vois pas du tout le faire, je me sentirais ridicule. C'est vraiment pas quelque chose qui me viendrait à l'esprit. Je suis assez curieux, d'ailleurs, des raisons qui poussent des gens à prendre contact avec ce genre d'organisations.
Bon, je ne sais pas à quoi sert ce message en fait, j'ai hésité plusieurs fois à l'effacer complètement d'ailleurs. Je suis emmerdé parce que je ne sais pas comment le conclure pour lui donner un sens. Allez, je pose comme ça, et si je regrette, je le virerai discrétos.