Le feuilleton de l'été

Vendredi 13 juillet 2007
Bonjour, bonjour.
Vous l'avez remarqué, ce blog n'est pas très actif en ce moment. C'est les vacances, je ne fais pas grand chose et donc je n'ai rien à raconter. L'inactivité touche aussi les lecteurs d'ailleurs : moins de visites, moins de commentaires... Bref, ça s'assoupit.
Du coup, voilà ce que je vous propose :
(enfin, j'impose un peu aussi, et ouais, rien à fout' du web 2.0 moi)
Je vais essayer, pendant cet été, d'écrire une petite histoire que je posterai épisodes par épisodes, à ryhtme régulier (genre le vendredi soir), comme un feuilleton de l'été sur TF1, mais sur ce blog. Bon, je ne vous promets pas de respecter toujours très bien les délais et ne vous attendez pas à de la super qualité (c'est niveau feuilleton TF1 on a dit). J'ai rien écrit en avance encore, donc c'est pas mal défi pour moi mais je vais voir ce que ça donne.
(ça n'exclue pas le fait que je poste des notes plus standard à côté hein, enfin on verra)
Donc là, paf, en exclusivité mondiale, le premier "chapitre".

***

- Et moi je vous signale que la majorité des mariages sont voués à l’échec !

Nathan s’était levé pour appuyer son argument. Il n’était pas homme impulsif et ce n’était pas l’emportement qui avait dicté son geste. Comme à l’accoutumée, il avait parfaitement calculé son effet : sa taille imposante allait avoir un effet dissuasif sur ses interlocuteurs et les regards se tournant vers cette petite scène allait faire naître chez eux une gêne qui les pousserait à ne pas argumenter son propos. Il fût donc satisfait de voir David desserrer son nœud papillon, acquiescer et lui faire signe de s’asseoir, ce à quoi il consentit non sans arborer un sourire de défi.

- Je suis le marié, Nathan : c’est moi qui devrais attirer l’attention de mes invités. Et nous connaissons tous ta position sur le sujet. J’ajoute que c’est peu délicat de ta part d’alimenter une telle conversation le jour de mon mariage et alors même que Patrice s’embourbe dans ses procédures de divorce.

L’homme que l’on venait d’inviter à prendre la parole en citant son nom abandonna ses tentatives de faire tenir en équilibre sur son doigt l’une des nombreuses fourchettes qui s’étalait devant lui.

- Oh, par pitié, ne parlez pas de ça... Je ne suis pas encore assez ivre pour pouvoir en rire. Si j’avais su ce qui m’attendait, j’aurais suivi des cours de Droit. L’avocat de ma femme... De mon ex-femme... Il est tellement bon que je vais même finir par devoir lui céder la garde de ma collection de vinyles...

- Pas le David Bowie quand même ? Si tu savais le temps que j’ai passé pour trouver cette...

- C’était une plaisanterie, Bruno. Du moins, j’espère...

Nathan fit mine de se saisir de son verre puis se ravisa. Du coin de l’œil, il observa le serveur qui avait fait un pas en avant dans le but de remplir la flûte et qui reculait maintenant. Nathan détestait qu’on le regarde manger et, pire encore, boire. Depuis le début du dîner, il avait engagé le serveur dans une joute implicite, tentant de le prendre en défaut afin de pouvoir lui signifier sa défaite d’un regard accusateur. Mais celui-ci était trop bon à ce jeu-là, tournant comme un vautour autour de la table, ne manquant aucune carcasse de verre vide sur laquelle s’abattre immédiatement.

Déçu mais non encore battu, Nathan reporta son attention sur ses trois amis. Ils s’étaient réunis autour d’une table vide en cette cérémonie finissante. Il avait du mal à s’expliquer la cohésion encore solide de ce groupe et ce qui différenciait ces personnes de la cohorte de gens qui avaient croisé son chemin et quitté sa vie, ne laissant que le souvenir d’un prénom ou d’un visage, et parfois moins.

Le dernier à avoir rejoint la bande était Patrice Guérin. Ce professeur d’Histoire à la Sorbonne faisait partie de ce groupe très particulier d’individus à qui il arrivait toujours des ennuis. Accidents de voiture sur un parking, inondations dues à un lave-linge déréglé, vols de portefeuille dans le métro, litiges avec son assurance maladie, mauvaises relations avec son voisinage, poursuites en justice par une étudiante et, actuellement, instance de divorce et ses nombreuses complications, Patrice était une de ces preuves vivantes que la foudre pouvait bel et bien frapper deux fois au même endroit, et plus si affinité.

Fidèle au poste depuis le lycée, Bruno Vatan avait longtemps dû se prémunir de diverses railleries patronymiques en redoublant d’efforts pour s’attirer la sympathie des gens. Toujours prêt à rendre service, il était de tous les déménagements, il se proposait toujours pour faire la vaisselle, il s’arrêtait pour aider à installer des roues de secours, il faisait du bénévolat le soir de Noël et passait le reste de l’année à exercer sa profession d’assistant social. Que le paradis n’existe pas était une injustice flagrante à la vie qu’avait toujours menée Bruno.

Et enfin, il y avait David Sancier. Nathan le connaissait depuis le collège et avait toujours été impressionné par la rectitude avec laquelle semblait se dérouler sa vie. Déjà à l’époque, David voulait devenir médecin et il était désormais neurologue. Nathan avait changé d’idée aussi souvent que la question lui avait été posée et se basait souvent sur la dernière chose qu’il avait vue ou lue. Casablanca lui avait inspiré l’envie de devenir barman, il avait voulu entrer dans les ordres après avoir lu le Nom de la Rose, et se demandait toujours, après chaque rediffusion de Star Wars, s’il aurait fait un bon jedi. Depuis toujours, ils s’étaient opposés sur le thème du couple. C’était leur sujet de prédilection, ils emmagasinaient tous les chiffres, tous les faits, tous les exemples qui pouvaient soutenir leur position.

- Je connais ce regard, David. Tu veux lancer le débat sur la question de l’amour. Je te rappelle que je refuse catégoriquement cet argument.

- Et c’est pourtant bien de cela qu’il s’agit non ? Un homme et une femme se rencontrent et plus rien n’a d’importance à leurs yeux que...

- Oh je t’en prie...

Le bruit sonore d’une fourchette tombant dans une assiette attira les regards vers Bruno qui se sentit obliger de prendre la parole.

- À ce propos, pourquoi Iouliana n’est-elle pas avec toi ? Je l’ai trouvée un peu distante toute la journée. Elle n’a pas ramené une maladie de Russie ou quelque chose ?

- Bruno, la Russie n’est pas un pays du Tiers-Monde. Ils ont des équipements médicaux tout à fait modernes là-bas.

- Merci Patrice. J’ajoute que je n’ai pas rencontré ma femme dans une yourte balayée par un blizzard sibérien, mais dans un hôtel chic du centre de Moscou... La préparation d’un mariage est épuisant, laissez-lui le temps de s’en remettre.

Les regards des quatre amis convergèrent vers la mariée. Nathan réalisa qu’il connaissait bien peu la toute nouvelle Mme Sancier, mais Vatan avait raison : elle n’avait pas l’air tout à fait à son aise.

Tout cela s’était passé bien vite, David était parti pour quelques jours dans la capitale russe, ce qui ne lui ressemblait pas à la réflexion : il détestait les voyages. Il y avait rencontré cette jeune femme avec laquelle il avait abondamment correspondu après son retour en France. Puis, il était retourné là-bas et l’avait ramené avec lui, pour finalement annoncer leur mariage. Nathan ne pouvait qu’y constater une certaine précipitation.

- Ce mariage ne durera pas trois ans...

- Nathan !

- Laisse Bruno. Dis moi Nathan, tu te souviens lors du mariage de Patrice ? Nous avions plaisanté en parlant de parier sur l’avenir de son couple.

- C’est charmant, merci beaucoup... Non, non, ne vous excusez pas : l’alcool commence à faire effet, tout va bien.

- Je m’en souviens, évidemment, et j’en profite pour souligner que j’aurais gagné... Tu es en train de proposer un pari sur la solidité de ton propre mariage ?

- Pourquoi pas ? Cela pourrait mettre un terme à notre conflit, non ? Nous nous en remettrons à mon mariage comme argument ultime, cela te va ?

- Ça me va tout à fait. J’ajoute que je suis peiné à l’avance de la double affliction qui te touchera quand ton mariage tombera à l’eau.

- S’il y a un pari de ce genre, je veux en être et je me range du côté de Nathan. Quoi ? Ne me regardez pas comme ça. Je vous rappelle que j’ai épousé une harpie sanguinaire. Si quelqu’un a ici des raisons d’être sceptique à propos du mariage, c’est bien moi.

- Alors moi je parie pour le mariage et je me range avec David.

- Merci Bruno. Et bien, la chose est entendue ?

Iouliana pointa son regard vers le groupe qui recommençait à rire ensemble, sans doute à l’évocation de vieux souvenirs. Son visage était un masque d’indifférence.

Par astheny
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Dimanche 22 juillet 2007
Bon, à la bourre comme prévu, voilà la suite (que personne n'attend mais bon, je fais semblant, ça fait genre professionnel).

***

Le simple bruit de déclenchement de son radio-réveil suffisait habituellement à le réveiller, rendant futile la musique qui suivait et qu’il coupait immédiatement. Patrice tendit le bras et pressa le bouton qui mit fin à la performance d’un Mick Jagger exprimant son désir persistant de peinture noire. Son regard, encore embrumé par le sommeil et l’alcool, parvint à déchiffrer l’heure qui s’affichait : 8h15. Il était rentré du mariage il y a deux heures à peine et avait oublié de couper son réveil. Brillant. D’expérience, il savait qu’il ne parviendrait pas à retrouver le sommeil. Il se leva donc de mauvaise grâce et se traîna mollement jusqu’à la salle de bain pour finir de se réveiller à l’aide d’eau fraîche, de tapotements sur les joues et d’auto-persuasion devant le miroir.

Il n’aimait pas l’image que celui-ci lui renvoyait. Il se trouvait les yeux trop rapprochés, la peau trop pâle, la bouche trop grande, le menton trop proéminent difficilement camouflé derrière une fine barbe blonde. Chaque fois qu’il avait l’occasion de se dévisager dans une glace, il se promettait que ce serait la dernière.

Afin d’apporter un peu de netteté au monde flou dans lequel il évoluait, il entreprit de mettre ses lentilles mais ses doigts encore maladroits laissèrent glisser l’une d’elles qu’il regarda, impuissant, s’enfuir par le siphon. Il pesta, nota mentalement de ne pas se servir du lavabo avant d’avoir mis la main sur la fugitive, mit sur son nez une paire de lunettes de secours et se dirigea vers la cuisine.

- Tu sais ce que je déteste le plus chez toi ?

Le cœur de Patrice fit un bond dans sa poitrine et les sueurs froides qui dégoulinèrent le long de sa colonne vertébrale finirent par le réveiller complètement. Il se retourna pour voir sa femme en train de pédaler sur le vélo d’appartement familial judicieusement disposé à côté de la plus grande fenêtre du logement, dans un coin de la cuisine.

- Nom de Dieu, Marine... Tu veux me tuer maintenant ? C’est sûr que ça faciliterait les procédures de divorce... Encore que tu trouverais toujours quelque chose à réclamer de ma carcasse. Et bordel, explique moi ce que tu fais là !

- Je suis venue faire ma gym, Patrice, car contrairement à toi, je fais de l’exercice régulièrement. Enfin... Je n’ai pas regardé quelle petite traînée tu avais ramenée dans ton lit cette nuit... Peut-être que tu pratiques toujours ton sport préféré, malgré tes faibles performances...

- J’étais au mariage de David et de... Euh... Iouliana hier. Je n’ai ramené personne et tu as ton propre appartement maintenant, ce qui devait précisément nous éviter ce genre de conversation.

- J’ai beau avoir un appartement, je suis encore chez moi ici, non ? J’ai toujours les clés et j’ai des tas d’affaires à récupérer. Et là, je vais me rafraîchir un peu.

Sautant de la selle, Marine passa à côté de Patrice en prenant particulièrement soin d’éviter tout contact et prit la direction de la salle de bain.

- Marine ! N’utilise pas le rob...

Le bruit de l’eau goulûment avalée par le siphon interrompit sa phrase. Il crut entendre le petit cri aigu de sa lentille définitivement noyée. La coupable revint en se tamponnant une serviette humide sur la nuque.

- Qu’est-ce que tu disais ?

- Non, rien...

- Et moi, qu’est-ce que je disais ? Ah oui, ce que je déteste le plus chez toi, c’est...

Poussant un profond soupir, Patrice alluma le petit poste de radio qui accompagnait depuis longtemps ses petits déjeuners.

« ...en ce beau dimanche. Aujourd’hui 17 mars 2002, c’est la Saint Patrice. Bonne fête à tous les Patrice ! »

 
***
 

« ...22 mai 2002, n’oubliez pas les Didier... »

Nathan coupa la radio. Il savait bien quel jour on était : aujourd’hui, il avait 30 ans et, non, c’était un jour comme les autres. Tout le côté festif des anniversaires le dépassait. Il n’y avait aucune raison pour que cette journée soit plus ou moins joyeuse qu’une autre, il n’avait pas l’impression d’être différent de la veille, pas le sentiment d’avoir tourné la page sur quelque chose, ou bien débuté quoi que ce soit. Le temps n’était pas martelé par des caps ou des étapes franchies, il se déroulait linéairement et, pensait-il, de façon plutôt monotone. Pour les mêmes raisons, il n’était pas non plus de ceux qui déprimaient à chaque nouvelle année passée et qui n’assumaient pas leur âge.

Il déplia le journal de la veille et lut l’horoscope destiné aux Gémeaux, pleinement satisfait de constater que celui-ci ne ressemblait en rien à sa journée d’hier. Comment les gens pouvaient-ils croire qu’un douzième de la population mondiale vivait les mêmes choses le même jour sous le faible prétexte qu’ils étaient nés à des dates proches ?

Nathan regardait son téléphone. Bientôt, il allait commencer à sonner. Parents, amis allaient l’appeler, se perdre en banalités, en blagues éculées... Puis ils allaient parler d’eux, car l’usage veut que l’on s’intéresse à ceux qui s’intéressent à vous, ou que l’on fasse semblant. Il hésita quelques minutes à brancher son répondeur et à lui laisser la charge de traiter avec cette nuisance.

S’installant à son bureau, il alluma son ordinateur portable et étudia les plans que l’on venait de lui envoyer, évitant soigneusement les mails censément drôles de collègues adeptes du « envoyer à tous ». Nathan était architecte, une profession qui faisait parfois rêver, combinant des facultés de créatif et d’intellectuel. Sans doute l’intitulé du métier perdrait de son glamour si les gens savaient que le travail précis de Nathan sur cet immeuble concernait l’installation et l’ajustement des écoulements d’eau.

Le téléphone sonna.

- C’est parti...

 
***

Bruno raccrocha son téléphone.

Il était quelque peu décontenancé et se concentra pour ne pas tituber en allant vers l’entrée de la gare. Pourtant, il s’était préparé à ce que cette journée soit mauvaise, voilà un an que les attentats du 11 septembre avaient eu lieu et un tel anniversaire ne pouvait être que sinistre. Il se souvenait encore de la façon dont il avait été assommé en se rendant compte que les avions percutant les tours jumelles étaient diffusés sur des chaînes d’information et ne faisaient pas partie d’une fiction de bas étage. Et maintenant ça...

Il prit machinalement le prospectus qu’on lui tendait et passa le portique qui menait aux quais. Ses yeux survolèrent rapidement le papier, relevant un mot qui lui était inconnu : « dianétique ». Il fit la grimace en voyant le sol recouvert de ces dépliants et enfouit le sien dans sa poche.

Machinalement, il se dirigea vers son quai alors que son esprit repassait sans arrêt l’appel qu’il venait de recevoir, essayant d’assimiler cette information qui lui semblait encore si irréelle.

Iouliana était morte, percutée par un poids lourd alors qu’elle traversait la rue.

Par astheny
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Dimanche 29 juillet 2007
Un épisode un peu court cette semaine, j'ai été étonnamment occupé.


***


Nathan passa un doigt plein de curiosité sur la surface de la table et s’étonna pour la centième fois de ne pas y trouver un seul grain de poussière. L’appartement de Bruno ressemblait en tout point à une maison témoin, tout était propre, tout était rangé, rien ne dépassait. On pouvait légitimement croire que personne ne vivait ici.

- Qu’est-ce que tu insinues Nathan, demanda Bruno, que David aurait tué sa femme ? Comme l’autre là... Richard Kimble ?

- Kimble n’a pas tué sa femme, intervint Patrice. C’est justement le principe de toute l’histoire.

- Ah ? Pour une fois que je me souvenais d’un nom...

- Vous savez, il y a un truc qui m’a toujours chiffonné dans « le Fugitif ». Pourquoi la nana prend-elle Harrison Ford en stop ?

- Quoi ? Quelle nana ?

- À un moment, Harrison Ford marche sur le bord de la route. C’est la nuit, elle est seule dans sa voiture et elle prend un grand auto-stoppeur à l’air louche ? Ils veulent nous faire croire ça ?

- Putain mais Nathan, comment tu peux te souvenir d’un détail pareil ?

- Ça m’a toujours gêné, c’est tout. Je veux dire : demande à 100 femmes ce qu’elles feraient si...

Bruno les interrompit :

- Et si on en revenait à David ?

Marquant une pause qu’il espérait dramatique, Nathan repassa dans sa tête la dernière conversation qu’il avait eue avec David. Celui-ci lui avait parut à la fois distant et étonnamment chaleureux. L’abus de politesse et d’intérêt donnait toujours cette impression d’une attention feinte. De plus, ce n’était pas le genre de David.

Nathan n’était pas expert en relations humaines, mais il ne pensait pas que son vieil ami avait les réactions normales de quelqu’un qui venait de perdre sa femme. Il était quasiment sûr que, dans cette situation, personne ne dirait quelque chose du genre de : « Et bien, on dirait que j’ai gagné ce pari : nous avons bel et bien été mariés jusqu’à ce que la mort nous sépare. ».

 

Il s’éclaircit la gorge et reprit :

- Nous sommes tous d’accord pour dire que David s’est comporté de façon étrange ces derniers temps.

- Attends une minute, il faut un mobile, fit remarquer Patrice. On ne tue pas quelqu’un sans mobile. Dans les films policiers, ils cherchent toujours le mobile.

- C’est simple : il voulait gagner le pari qu’on a fait le jour de son mariage.

- Tu plaisantes ? Écoute, j’ai été marié, je peux te dire qu’il existe des tas de raisons de vouloir tuer sa femme et qu’un pari entre amis n’en fait pas partie.

- Tout dépend. Ce pari était important, rappelle toi que...

- Mais arrêtez ! s’écria Bruno. Vous vous rendez bien compte de ce que vous dites ? C’est de David dont on parle ! Sa femme est morte et...

 

Bruno s’éloigna, sous le coup d’une forte émotion. Nathan le considéra un instant. Pourquoi ne comprenait-il pas l’aspect ludique de la chose ? Un mariage précipité, une mort mystérieuse, un ami au comportement suspect... C’aurait été un crime que de ne pas profiter de ces évènements inhabituels pour se livrer à ce genre de jeux intellectuels. Mais Bruno avait été nourri dans un nid de valeurs morales bien implantées : la fidélité, le respect... Et une carence totale de second degré et de cynisme. Nathan leva les yeux vers Bruno qui revenait déjà, ses colères ne duraient jamais très longtemps.


- Cette femme est morte ! C’était l’épouse de notre ami ! Comment... Parfois, je ne vous comprends vraiment pas.

- Bon très bien, concéda Nathan. Ne parlons plus de ça.

Le silence dura quelques secondes.

- Je ne me rappelle plus du tout de cette femme qui le prend en stop, émergea Patrice. C’est à quel moment ? Ça ne me dit rien du tout.

- Juste avant que Tommy Lee Jones ne descende le type qui s’était évadé avec Harrison Ford.

- Le gros black bodybuildé ?

- Oui, c’est ça.

- En parlant de bodybuilding, je crois que David a encore trouvé une nouvelle méthode de remise en forme, ou je ne sais quoi. Il m’en a parlé l’autre jour. J’étais un peu distrait parce que... Vous savez, il est friand de ce genre de trucs, il change tous les mois. Il m’a paru enthousiaste en tout cas.

- Ah oui ?

- Oui, il m’a parlé de combattre le mental réactif, de développement personnel... Le truc habituel, tu connais la chanson. Je ne sais plus comment il appelait ça... Un mot qui ressemble à diagnostic je crois...


Bruno pâlit et fixa un moment, interdit, ses deux amis. Il s’éloigna et revint avec un petit prospectus, soigneusement plié, qu’il leur tendit. Dessus, on pouvait lire le mot « Dianétique ».

 
Par astheny
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