(des)Illusions

Publié le par astheny

J'ai l'impression que la vie peut se diviser grossièrement en deux étapes. Dans la première, on se construit tout plein de jolies illusions auxquelles on s'attache et dans la seconde, on prend conscience de la réalité.
Les yeux peuvent s'ouvrir plus ou moins tard, selon la nature des croyances et la faculté de chacun à nier la vérité, mais ça vient toujours plus tôt que prévu, sans qu'on s'y attende.
Oooooh oui.

Le bon exemple, c'est le père Noël. Il y a un moment où on se rend à l'évidence : il existe pas.
(alors là, je sens que j'ouvre une porte aux commentaires du style "ah bon ? le père Noël n'existe pas ?")
(alors là, je sens que j'ai encore plus ouvert ladite porte)
Moi, j'ai arrêté de croire super tôt au père Noël. Je m'en souviens parce que c'est une histoire que l'on raconte aux dîners de famille (j'ai l'impression de m'en souvenir pour de vrai, mais ça m'étonnerait que ce soit le cas).
J'étais tout jeune, genre 3-4 ans. C'était en été et pour une raison que je ne m'explique toujours pas, j'étais devant la télé avec mes parents et mes soeurs, qui regardaient "Le Capitan". Dans ce film, il y a une scène où Jean Marais escalade une tour à l'aide d'une corde (et, j'imagine, dans un réalisme digne de Batman et Robin dans la série des années 60) et là, je m'exclamai à la surprise de tous : "Mais quand même, il peut pas exister le père Noël ?!".
Je pense savoir ce qui s'est passé dans mon cerveau. Je me faisais chier en matant Jean Marais escaladant sa connerie de tour, ça me semblait durer des heures, je me suis dis : "tain, mais le père Noël il doit galérer grave  pour accéder aux cheminées quand même, vu que même Jean Marais il lutte", et paf illumination.
Il parait qu'ensuite, je me suis fait briefer pour ne pas le dire aux autres enfants, parce que les instits de maternelles flippaient que je vende la mêche et qu'elles aient à faire face à 20 gamins en pleurs.

Des pertes d'illusions comme ça, on en a plein dans une vie. Genre quand j'étais petit, je croyais que dans les triple feux tricolores, celui du haut était fait pour les avions (qui s'arrêtaient dans le ciel pour laisser passer... quoi ? j'en sais rien, je pense que mon raisonnement n'allait pas jusque là). Maintenant, je sais bien que c'est fait parce que les connards qui conduisent des camionnettes s'arrêtent toujours comme des batards bien au ras du feu et que personne peut voir les deux du bas.
Dans un contexte plus idéologique, j'ai longtemps cru que des vieilles idées comme le racisme ou le fait d'être pour la peine de mort étaient destinées à disparaitre peu à peu à mesure que les vieux mourraient, la nouvelle génération dont je faisais partie ne véhiculant pas de telles idées. La désillusion a été assez dure pour le coup.

Mais je ne vais pas tout détailler hein, vous savez tous de quoi je parle et ça nous est tous arrivé.
L'abandon de l'idée d'exercer un jour le métier dont on rêvait petit, l'être aimé qui préfère un de vos potes, la star sur laquelle on fantasme qui se marie, la Grande Ourse qui ne ressemble pas du tout à un ours, la fin des Cités d'Or qui n'est pas si terrible que ça, la taille de la Joconde qui est toute petite en vrai, le fait que non, on ne sera jamais piqué par une araignée radioactive, le jour où on apprend que le catch c'est du bidon, le constat que la suite de Deus Ex est naze, le fait que bien que la pub soit fun les Pikifou c'était vraiment dégueu,
que les M&M's fondent malgré tout dans la main, que Groquick ne vous aide jamais à sauver votre Nesquick (qui n'est jamais volé d'ailleurs), la nouvelle trilogie Star Wars, les premières expériences en TP de Chimie dramatiquement dépourvues de tubes qui débordent ou qui explosent, l'omission de votre prénom dans l'album des Crados, le fait que votre tata habite au premier étage alors que vous auriez kiffé prendre l'ascenseur jusqu'en haut, l'absence d'ascenseur dans votre immeuble alors que vous habitez au 5ème étage, "mais elles sont où les voitures volantes du XXIème siècle ?", Korn qui reprend du Radiohead, le chanteur des Butterfly Ball qui n'est pas une grenouille avec un banjo en fait, votre mère qui vous a acheté des tennis Noël (plutôt que des baskets Nike), la découverte que David Hasselhoff est un gros ringard qui n'a rien à voir avec le Michael Knight de K2000...

Et, pire que tout, Anne qui n'appelle jamais alors qu'elle avait dit (avec Benoix de Coco) qu'elle ferait une maquette de disque avec vous après votre victoire au karaoké Superloustic.

Si je vous parle de ça, c'est que depuis pas mal de temps maintenant, je crois qu'en France, l'Histoire est suffisamment connue pour qu'on ne mette pas un danger pour la Démocratie à la tête de l'Etat.
J'espère conserver cette illusion encore un peu, jusqu'après le 6 mai...
(et oui, vous croyiez quand même pas que j'allais faire une note apolitique en ces temps d'élections ?)

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Dame G. 28/04/2007 10:35

Ma plus grande déception enfantine a été d'apprendre que les poissons panés n'existent pas à l'état sauvage.Sans doute la reprise de Creep de Korn vient elle en deuxième position.

Mayah 27/04/2007 16:21

Je crois que tu te trompes sur toute la ligne... on y croit justement un peu trop au père Noël en ce moment en espérant que l'autre dugland ne deviendra pas notre président... à mon avis c'est déjà du tout cuit... notre père-noël a fini en rôti dans la cheminée !!!

celebelda 27/04/2007 11:49

Mes parents m'ont jamais fait croire au Père Noël. Par contre, dans la plus grande "ville" près de chez moi, se trouve un restaurant qui se nomme le Vésuvio. Et sur le panneau-pub on voit un volcan qui crache plein de lave. Sauf que le panneau est placé sur une route à côté de laquelle se trouve une colline. Donc j'étais persuadée que y'avait un volcan en Lorraine.
Et si, j'avais vraiment cru que cet article ne parlerait pas de politique ^^