Peak Oil (brrrr...)

Publié le par Celui qui

Je sais pas si vous avez remarqué, mais en ce moment, la mode est aux blogs communautaires, genre avec plein de gens qui participent. Et dans les blogs individuels, le blogueur invite quelqu'un d'autre pour s'exprimer sur son blog.
Comme je ne veux pas rester en reste (oh la moche répétition), c'est à mon tour d'inviter quelqu'un. Ce qui suit n'est donc pas de moi, mais d'un petit gars qui n'en veut et qui veut se servir de ma formidable audience pour se faire connaître.
Il s'appelle "Celui qui", applaudissez-le bien fort !
(bon, je vous préviens, il a un petit syndrôme de Cassandre mais j'essaie de le soigner doucement)

Vous avez déjà fait une découverte qui a complètement bouleversé votre perspective sur la vie ? Remis en question tout ce que vous croyiez ? Changé vos plans d'avenir ?

Moi oui. Rassurez vous je vais pas vous raconter comment j'ai été sauvé miraculeusement d'un cancer après que la Vierge Marie me soit apparu sur ma tartine de confiture, ou comment j'ai été enlevé par des extraterrestres à la solde des Illuminati (ou l'inverse).

Plus prosaïquement je vais parler du pic pétrolier, ou peak oil en plus court et dans la langue de Shakespeare, ou encore PO pour les intimes.


Le pic pétrolier qu'est-ce que c'est ?

Bon obscurément, à moins d'avoir vécu une vie très protégée, et n'être informer que par Jean Pierre Pernault et Fun Radio, tout le monde sait plus ou moins qu'il n'y aura plus de pétrole dans disons 50 ans et ça fait au moins 75 ans qu'on dit ça sans que ça se soit encore produit. C'est quelque chose d'embêtant mais "ils" trouveront bien quelque chose d'ici là. On roulera tous dans nos voitures à hydrogène et on ira en vacances sur Mars. Jusque là tout va bien.

On parle souvent de théorie du pic pétrolier. Elle énonce simplement que lorsque qu'on aura extrait a peu près la moitié des sources d'hydrocarbure de la planète, la production de pétrole décroîtra lentement. On illustre ça par une belle courbe en forme de cloche.

Le premier à l'avoir formulé est un géologue américain du nom de Hubbert, qui avait prédit le pic de la production américaine de pétrole.

Lorsqu'on parle de théorie, il faut bien comprendre que ce sont les implications de baisse de la production de pétrole qui sont du domaine de la théorie, le phénomène géologique lui, c'est à dire que le fait qu'on n’ait plus de pétrole un jour est un fait : étant donné que c'est une ressource accumulée sur des millions d'années, et qu'on en extrait et consomme des millions de barils par jour (à peu près 80), il viendra bien un jour où il n'y en aura plus.

Pour plusieurs régions du monde, le pic pétrolier a déjà eu lieu. Les Etats Unis ont eu leur pic dans les années 1970 et c'est en train d'arriver pour les gisements de la Mer du Nord. Quand on parle de pic pétrolier, implicitement on parle d'un pic pétrolier au niveau mondial (qui n'est pas encore arrivé, mais ne soyez pas trop impatient).

Pour illustrer le fait que la production atteigne un pic, je vais donner quelques exemples. Lorsqu'on a commencé l'exploitation aux Etats-Unis, il suffisait de donner un coup de pioche dans le sol et le pétrole jaillissait tout seul, on avait même pas besoin de le pomper (c'est vrai puisque c'est dans Lucky Luke). Ensuite, au fil du temps, les champs les plus facilement exploitables s'épuisent et il faut aller un peu plus loin, dans des endroits plus difficiles d'accès pour en extraire. Par exemple, les plateforme offshore qui extraient du pétrole de la plateforme continentale (quelques centaines de mètre de profondeur). Il y a la qualité du pétrole qui varie aussi, au début on exploitait du pétrole « léger » c'est à dire de bonne qualité  qui demande pas beaucoup de raffinage. Quand on en a moins, on doit exploiter des sources de pétrole dites « non conventionnelles ». Un exemple souvent cité c'est les sables bitumeux de l'Alberta au Canada. C'est du pétrole qui n'a pas fini de se transformer : ça ressemble plus à de la boue qu'à un liquide. Résultat : l'Alberta va construire des centrales nucléaires pour fournir de l'énergie pour chauffer et ainsi pouvoir extraire le pétrole contenu dans le sable (ça paraît quand même tordu comme solution mais ceci n'est pas une blague).

Tout ça pour dire, qu'entre le premier coup de pioche du premier pionnier, et la dernière goutte du pétrole qui sera extraite, la production va forcément croître, atteindre un maximum, possiblement rester à un plateau pendant un certain temps, et ensuite redescendre.

Le pic pétrolier ne signifie donc pas que soudainement on va tourner les vannes et il n'y aura plus de pétrole du tout. Ça signifie que la production journalière va seulement décroître. C'est une distinction très importante.  C'est un argument fallacieux que les Tout-va-bien utilise souvent : « On a encore du pétrole pour des centaines d'années ».  Mais comme on le verra par la suite c'est pas du tout important :). Donc vous faîtes pas avoir comme des bleu(e)s.


Un sigle barbare, l'EROEI
:

Dans ma série d'exemples, il y a quelque chose d'important à remarquer, c'est le rapport entre l'énergie extraite sous forme de pétrole et l'énergie investie initialement.

Un coup de pioche : énergie investie : quelques calories brûlées par un bras humain, énergie retournée : un geyser de pétrole.

Sables de l'Alberta : construction de centrales nucléaires, extraction du sables bitumeux avec des pelleteuses, (hé oui c'est un truc tellement dur qu'on le « mine »), chauffage du produit, raffinage etc. Energie retournée : barils de pétroles.

C'est assez facile de voire que dans le premier cas l'énergie investie est assez faible, et le retour sur investissement rentable. Pour le deuxième cas c'est un peu plus difficile à voir.

C'est pour ça qu'on introduit la notion d'Energy Returned on Energy Invested (EROEI). On fait simplement le rapport du nombres de barils de pétrole (ou équivalent en énergie) qu'on doit investir pour produire 100 barils.

Initialement, dans le fin fond du Texas au XIXème siècle on estime qu'on avait un EROI d'à peu près 100 pour 1 (100 barils extraits pour 1 investi), le pétrole conventionnel à en moyenne un EROI de l'ordre de 30 pour 1.  Par contre, on estime que les sables d'Alberta ont un EROI de 1,5 pour 1. En gros le bénéfice net est  très très faible. Si vous extrayez beaucoup de pétrole mais qu'il faut réinvestir la majorité pour juste continuer à produire, c'est pas super utile...

Là encore, M. Tout-va-bien va vous dire : « Mais il reste plein de pétrole au Canada ! »

Donc autre remarque importante : quand vous lisez qu'on a fait un super découverte, il faut bien comprendre de quelle nature géologique est le pétrole et si le pétrole est accessible ou non.

Typiquement si on trouve pleins de pétrole sur la Lune demain, ça va pas nous avancer beaucoup. Et puis de toute façon tout le monde sait que la Lune est faite en fromage.


Quand est-ce que ça arrive ?

C'est une bonne question et assez cruciale, malheureusement c'est assez difficile à prévoir. Déjà sachant que c'est un pic, il faut que la production redescende avant qu'on soit sûr qu'on ait passé le pic. Ça veut dire qu'on s'apercevra seulement un an après qu'on est après le pic.

Par contre il y a quelque chose de sûr, actuellement pour 4 barils de pétrole consommé on en découvre 1. En gros ça veut dire qu'on vit sur des découvertes passées.

Bon plutôt que de vous baratiner je vous colle une image que vous trouverez partout sur le web.


Normalement en voyant ça on comprend qu'il y a un léger problème.

Selon les estimations de divers organismes, la date du pic varie entre 2006 (Quoi c'était l'année dernière mais on m'a rien dit !!!?) et 2037. Sachant que l'estimation de 2037 est celle de l'institut géologique américain. (c'est pas les même qui pensent que le réchauffement climatique n'existe pas, mais vous pouvez prendre ça comme la prévision la plus optimiste).

Je laisse 2006, parce que si vous avez lu ce que j'ai dit plus haut, il faut attendre de connaître les chiffres de production de 2007 et 2008 pour savoir si effectivement ils sont inférieurs à ceux de 2006.

Pour un certain nombre de raison, notamment que les pays de l'OPEP ont artificiellement gonflé leur chiffre de réserves dans les années 80 que les données sur les réserves peuvent être surévaluées.

Conclusion : Il reste entre 0 et 30 ans avant le pic. Si c'est dans 30 ans il faut s'y mettre dès maintenant, si c'est l'année prochaine on va prendre cher.


Bon OK il va y avoir un pic pétrolier, mais c'est pas grave une baisse de la production de quelques pourcent.

A partir d'ici, on quitte le domaine des données géologiques sûres pour celui des hypothèses. Mais à moins d'être très optimistes, elles ne sont pas très bonnes.

En 1973 pour des raisons politiques, les pays de l'OPEP ont imposé un embargo sur le pétrole. La consommation de pétrole a baissé de 6%. Et ça a entraîné le monde dans une telle récession qu'on en subit encore les effets. Ça a été la fin des « trente glorieuses » et le début du chômage de masse.

Selon différentes prévisions, après le pic pétrolier, on parle de la réduction de la production de 2% à 6% par an. En gros, ça veut dire une crise équivalente à 1973 tous les ans, et sans perspective de redressement.

Le problème c'est que même quand la production de pétrole reste stable on a déjà des problèmes parce que la demande tirée par la Chine et l'Inde augmente de quelques pour cent par an. La brève flambée du cours de pétrole dans les 70-80 dollars c'était juste parce que la production stagnait.  Si on rentre dans une période de baisse de la production de même 1% par an, par le jeu de l'offre et de la demande, on peut facilement atteindre des prix de 100 à 300 dollars le baril.

Pour revenir sur une idée déjà évoquée, le pic pétrolier ça veut pas dire la fin du pétrole, ça signifie seulement la fin du pétrole bon marché.

Pour utiliser une métaphore (très bon marché elle par contre), dans nos société le pétrole fait office de sang, il permet la circulation des personnes et des biens très facilement et presque pour rien. Si il vient à manquer c'est tout l'organisme qui s'asphyxie.

Le pétrole même à plus d'un euro le litre est extrêmement bon marché, ça doit coûter l'équivalent de l'eau minérale ou de vin en cubi.

Si vous considérez un supermarché, toute l'année vous avez accès pour quelques euros à des haricots verts du Chili, du mouton de Nouvelle Zélande, du café du Costa Rica...

Et ça c'est seulement possible parce que le prix du transport est quasi nul dans le prix final. Résultat on a développé une société ou tout fonctionne en flux tendu. Ça coûte plus cher de stocker que de faire venir de l'autre côté du monde.  

Il y a d'autres problèmes d'ordre plus généraux, la croissance mondiale est proportionnelle plus ou moins à la consommation de pétrole. Si on rentre dans une société avec de moins en moins de pétrole, ça veut dire de moins en moins de croissance. Tout le système bancaire mondial d'emprunt et de remboursement est basé sur le fait qu'il y a de la croissance. C'est à dire que demain vous aurez plus d'argent pour rembourser l'argent que vous aviez hier. Si vous avez de moins en moins d'argent disponible le système complet s'écroule.

Si on veut rentrer dans le domaine des prévisions, le choc sur nos économies  sera probablement entre quelque chose ressemblant à la crise de 1929 (avec les conséquences politiques qu'on connaît, monté du fascisme, deuxième guerre mondiale) jusqu'au scénario à la Mad Max, avec un effondrement de la société.

La bonne nouvelle c'est que vous allez moins vous souciez du réchauffement climatique maintenant.

Je vous ai donné qu'une très brève introduction. Pour aller plus loin,

www.lifeaftertheoilcrash.net (en anglais)

www.oleocene.org (en français)

La prochaine fois, une petite note sur que vous pouvez faire "réalistiquement" pour vous préparer.


Publié dans Comme les zots

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celebelda 19/04/2007 18:04

Le fait de faire un lien entre les crises économiques et les systèmes totalitaires me fait souffler bien fort dans ma frange.J'ose espérer que justement, vu ce qui c'est passé dans ce glorieux 20e siècle, la majorité gens a bien compris que les politiciens qui se prétendent sauveur de l'humanité et /ou de l'économie, c'est des menteurs pire que des arracheurs de dents. (Qui a dit Sarkozy ???)Et puis, pour bien démontrer ma théorie comme quoi l'Humain est con mais parfois il sait tirer des conséquences de ses erreurs, deux exemples économiques.1. Il n'y a pas eu de crise économique après la deuxième guerre mondiale grâce à nos amis américains, qui ont fait plein de trucs très compliqués et chiants (genre les accords de Bretton-Woods et le plan Marshall) pour que l'Europe puisse se relever (je parle de l'Europe de l'Ouest, biensûr).2. Il n'y a pas eu de crise économique mondiale avec les attentats du 11 septembre toujours grâce à nos amis américains. Alors, j'avoue plus savoir ce qu'ils ont fait mes amis économistes, mais ils ont fait quelque chose.Sinon ce que tu dis est très pertinent, quoi que complètement déprimant..Et moi je passe pour la fille obsédée par ses cours et donneuse de leçon. Pardonnez-moi, c'est l'approche du premier tour.