Le torchon brûle-t-il ?

Publié le par astheny

Ouais, ouais, je sais...
C'est facile et pas très original de parler féminisme le jour des femmes... Mais bon, pour une fois que je suis ni à la bourre, ni en avance par rapport à l'actualité, vous allez pas me le reprocher, hein ?

Que les choses soient claires : je suis un mec. Aujourd'hui, je suis donc l'ennemi potentiel à abattre.
Ben oui, je suis celui qui va exploiter ma femme en lui extorquant un travail non rémunéré (genre laver mes chaussettes), je suis celui qui va l'exploiter jusqu'à l'os en la traitant pire qu'une chienne (là je peux faire une blague genre "de garde", mais c'est trop téléphoné donc j'évite), celui qui va lui retourner des torgnoles dans la tronche en lui disant qu'elle la bien mérité et celui qui va finalement se barrer avec une minette de 23 ans, au volant de ma nouvelle Corvette, lorsque je taperai ma crise de la quarantaine.
Ouep, je suis un salaud en devenir, une graine de sale con détestable. C'est pas ma faute, m'en voulez pas : accusez mon chromosome Y.

Mais bon, pour le moment, ça va à peu près.
Et oui, je l'avoue sans honte : je suis féministe. Cela dit, je ne vois pas comment on peut rationnellement ne pas être féministe.
Je veux dire... Qui va pouvoir soutenir qu'il est normal qu'il y ait un écart de salaire de 20% entre hommes et femmes, toutes choses égales par ailleurs ? Qui peut dire qu'une femme qui meurt chaque jour de violence conjugale, c'est pas très grave ? Qui peut ne pas trouver anormal que le chômage et les formes d'emplois précaires touchent plus majoritairement des femmes ?
Il est impossible de contre-argumenter là-dessus, sauf en faisant preuve d'une légendaire mauvaise foi masculine ayant un pied dans le second degré.
Et pourtant, je trouve que, depuis quelques temps, une partie du combat féministe part dans le mauvais sens.

Prenons un exemple : il y a deux ou trois ans, j'avais vu une émission de Ruquier avec Isabelle Alonso comme chroniqueuse (présidente des Chiennes de Garde à l'époque). Pour je ne sais plus quelle raison, il y a eu un défilé de mecs (enfin de mannequins bodybuildés) en sous-vêtements sous les commentaires enthousiastes de Alonso. Les mannequins ouvraient pas leur gueule naturellement et souriaient bêtement aux commentaires de la chienne de garde.
Je comprends bien la démarche, Alonso est dans un trip "les femmes n'ont plus besoin d'être prudes, elles peuvent afficher clairement leur fantasmes sans les réprimer". Mais imaginons une seconde que c'eût été des femmes qui défilaient en sous-vêtements et qui auraient du se taper des "Ah ben elles ont des jolies petits culs !", Alonso aurait pas été la première à raler, à crier au scandale ?

Alors oui, je sais, des nanas en bikini à la télé, y'en a plein et pour n'importe quelle raison. Genre n'importe quelle émission en prime time sur TF1 est obligée d'avoir son lot de minettes (je me demande si y'en a pas aussi pour les spéciales de Questions pour un champion maintenant), et je ne suis pas en train de dire que c'est normal.
Ce que je soutiens, c'est que l'égalité homme-femme ne doit pas se faire par le bas. Je trouve ridicule des gens qui disent en voyant une pub avec des nus masculins "ah ben enfin on voit des mecs à poil à la télé".
Le corps de la femme est instrumentalisé ? Ben pour combattre ça, faut pas instrumentaliser celui de l'homme, c'est complètement con comme réponse au problème.

On peut aussi dire : c'est pas un problème de voir des hommes ou des femmes nus, on n'est plus du temps de nos grands-parents, c'est pas choquant, blablabla.
Sauf que non, on peut pas dire ça. Les femmes (je prends l'exemple des femmes, parce que ça reste encore assez marginal pour les mecs) dont on exhibe le corps, c'est pas n'importe quelle femme : c'est un peu des nanas aux mensurations improbables.
Du coup, qu'est-ce que ça donne ? On matraque un corps de femme idéale tant et si bien qu'il devient la norme dans l'imaginaire populaire. Les petites adolescentes se rendent compte qu'elles ne correspondent pas à cette norme et entrent dans un état de mal-être (et c'est pas anodin hein, c'est un vrai trouble comportemental). Du coup, elles sont fragilisées et prêtes à toutes les dérives (anorexie me voilà).
Et les gens qui imposent cette image de femme parfaite alors, qu'est-ce qu'ils font ? Ben ils inventent le commerce de la beauté (régimes, produits minceurs, crêmes de beauté, maquillage, bronzage artificiel, chirurgie esthétique...) qui, généralement, ne fonctionne même pas.
Et devinez ce qui sort en ce moment ? Ben oui, des produits cosmétiques pour mecs...

Donc non, l'égalité par le bas, c'est pas un bon truc. C'est même la pire connerie à faire. C'est un peu comme si on réglait le problème des salaires en baissant ceux des mecs de 20% plutôt que d'augmenter ceux des femmes. C'est comme si on encourageait les femmes à taper sur la gueule de leur mari pour avoir des stats de violence conjugale qui soient parallèles.
Et franchement, y'a des féministes qui pigent pas trop ça quoi (genre Alonso sur le plateau de Ruquier ce soir-là).

Bref faut arrêter de se réjouir de n'importe quoi, et pas prendre des régressions pour des avancées.

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Karité 09/03/2007 08:48

complètement d'accord. Même situation que Dame G. et ça fait du bien de lire ça sur un blog de mec ! ENFIN ! [entame petite danse de la victoire]Et je réitère ma demande en mariage :x

Dame G. 09/03/2007 06:50

Et ben putain tu me fais plaisir.En tant que plus grande névrosée-complexée du monde par l'image publicitaire de la femme "qu'il faut être sinon t'es nulle et moche, bouh, on vois pas encore assez tes côtes, connasse", je te remercie de ces quelques mots.Bon, sur ce, je retourne faire la vaisselle.