Insomnies

Publié le par astheny

Ce soir, j'ai ressorti mon dvd de Annie Hall, qui est le meilleur film de tous les temps (enfin celui de ce soir, il y a plusieurs films que je considère comme meilleur film de tous les temps, selon mon humeur).
Du coup, je suis en mode "Woody Allen mood", c'est à dire que je vais vous faire chier en me plaignant un peu de ma vie (avec des relents d'hypocondrie) et vous parler de mes insomnies.

Je ne suis pas insomniaque à propement parler. Disons plutôt que je suis peu somniaque : j'arrive toujours à m'endormir, mais c'est souvent long à venir et je connais régulièrement des nuits difficiles.

Le premier problème, quand on est couché dans le noir, c'est qu'il n'y a pas beaucoup de distractions. Du coup, l'esprit se met à vagabonder et on pense soudainement à plein de choses qu'on a essayé de mettre de côté dans la journée. Le deuxième problème c'est que, la nuit, tout prend une proportion plus grave et plus angoissante.
Il m'apparaît donc évident que ma vie sentimentale restera le désert qu'elle a toujours été. Et d'ailleurs, c'est bien naturel, qui voudrait d'une sous-merde comme moi ? Il faut regarder les choses en face : je suis petit, moche, chiant, je n'ai pas pour deux sous de conversation et j'ai le sex-appeal d'un poisson mort.
Ma vie professionnelle ? Une vaste blague. Mes études ne me mèneront nulle part, je n'ai aucun plan de carrière, je ne sais pas où je vais. J'avance en aveugle, ce qui vaut peut-être mieux que de voir s'approcher le mur que je vais me manger dans pas longtemps. Et puis faut encore que je les réussisse ces études... Ce mémoire me semble tout à coup irréalisable : trop de boulot à faire, et j'ai pris beaucoup de retard. Ah, si seulement j'avais bossé un peu plus avant...
Quand bien même j'aurais un travail un jour, ce sera un sale truc alimentaire qui me gonflera chaque jour un peu plus. Mes collègues de boulot ressembleront à ceux de Xavier à la fin de l'Auberge Espagnole et je devrai supporter ça parce qu'on est pas dans un film, jamais je pourrai vivre en écrivant.
Quoiqu'il advienne, je serai obligé de déménager, je perdrai mes amis puisque je suis incapable de maintenir des relations lorsque la distance s'en mêle. J'adopterai peut-être un chaton, qui sera ma seule compagnie. Mais mon salaire de misère m'obligera à vivre en appart', un soir je laisserai sans doute la fenêtre ouverte et le chat s'enfuira. Je retournerai donc à la solitude jusqu'à ma mort.

Ca, je présume que ça arrive à peu près à tout le monde. Sans doute plus aux gens angoissés, mais bon... Ce qui me semble plus rare, c'est ce que j'ai appelé les "nuits difficiles".
Généralement, je les sens venir. Je suis couché dans mon lit et il ne se passe rien. Je me tourne et me retourne quarante fois, je change de position, je ferme les yeux, je les rouvre... Le sommeil ne vient pas. Je regarde le radio-réveil, il indique 01:22.
Je me retourne, je m'ennuie, je m'énerve, je me calme, j'essaie de compter les moutons. Une éternité passe.
Je regarde le radio-réveil, il indique 01:25.
Ce genre de nuit, je vois toutes les heures défiler.
01:54 "Allez, faut que je dorme avant deux heures trente."
02:20 "Tiens, c'est rigolo, c'est symétrique. Putain mais à quoi je pense ? Faut que je dorme !"
02:47 "En fait, à deux heures cinquante, ce sera une vraie symétrie."
03:09 "Putain ! Putain ! Putain !"
03:34 "Bon, je rallume et je lis un chapitre de mon livre, ça va ptet me faire dormir."
04:02 "Fait chier, la bouteille de Vittel est vide. Je me lève pour aller chercher à boire ou pas ?"
04:11 "Ca me saoule de me lever pour aller boire mais j'arriverai jamais à dormir en ayant soif."
04:19 "Bon allez, j'y vais."
04:57 "5 heures du mat', j'ai des frissons. je claque des dents et je monte le son... Putain de chanson, sors de ma tête..."

Parfois, c'est pire encore. La fatigue, ou je ne sais quoi, provoque des espèces de "délires". J'ai beaucoup de mal à caractériser ça, ce sont des genres de fièvres pendant lesquelles je suis dans un état de demi-sommeil duquel je sors et je rentre régulièrement.
Pendant ces périodes, je suis un peu dans les vapes et j'ai des visions entêtantes, obsédantes (non non, je ne me drogue pas), pas vraiment des rêves puisque je suis à moitié conscient.
Pour mieux comprendre, je vais décrire l'une des visions que j'ai de façon récurrente. Je suis au milieu d'une foule imposante, immense, énorme. J'ai l'impression de suffoquer dans la masse. Les gens autour de moi font un bruit terrible, j'essaie de crier mais ma voix ne parvient pas à se faire entendre dans le vacarme. Personne ne s'intéresse à moi. Je crie, je pleure, je me débats, en vain. D'un coup, la foule disparaît et je me retrouve seul dans un vide absolu. Le silence est assourdissant et horrible. Une fois de plus, j'essaie de crier mais je ne produis aucun son. Je veux que le silence se brise, mais rien ne se produit.
En gros, c'est là que je reprends pleinement conscience, puis je me réassoupis vaguement, ça recommence et je me réveille à nouveau. Ca peut se répéter une dizaine de fois par heure, le "rêve" restant le même dans une même nuit (celui que j'ai donné en exemple m'est arrivé plusieurs nuits, mais ça peut-être quelque chose de différent).
Du coup, j'essaie de me forcer à ne pas tomber dans ce semi-sommeil, mais ça ne fonctionne pas et ma nuit devient un petit enfer.

Mbon, voilà, pas grand chose à ajouter.
Si vous aviez des doutes sur le fait que je sois un peu taré, je pense que cette note lèvera tout soupçon à ce sujet.

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astheny 09/01/2007 23:02

Laura (je ne peux pas décemment mettre "la ringarde") > Ben ça me passe au-dessus de la tête, oui et non. D'un côté, les simili compliments ça fait plaisir, mais d'un autre côté, mon aspect purement rationnel relativise étant donné que, finalement, tu ne me connais pas.Miladee > Courage à toi aussi alors :)Acet' > Je suis d'accord pour monter l'assoc', mais j'ai peur qu'on ne soit que deux dans cette histoire.

Acet' 08/01/2007 23:58

On devrait monter une assoc'. Le coup des délires nocturnes avec la respiration qui s'accélère la sensation d'étouffer les hallucination je fais pareil. Enfin disons qu'en pensant seule la nuit, je me focalise sur un mot (genre petit pois) et il se met à tourner dans ma tête de plus en plus vite et ça devient un petit pois géant qui veut ma mort. Enfin c'est terrible...Quoi ça intéresse personne ?!

Miladee 08/01/2007 10:36

On dirait moi,à peu de choses près.... Allez, courage :)

La ringarde 08/01/2007 00:24

T'es pas du tout taré, t'es juste humain.Je me suis tout à fait reconnue dans le trip insomniaque. Surtout les "allez dans 15 min je dors". Je sais que ça va te passer au dessus de la tête ce que je vais dire, m'enfin ton portrait pessimiste au possible, il est tout sauf réaliste...J'ose pas te souhaiter une bonne nuit...mais bonne nuit quand meme.