Le feuilleton de l'été, épisode 3

Publié le par astheny

Un épisode un peu court cette semaine, j'ai été étonnamment occupé.


***


Nathan passa un doigt plein de curiosité sur la surface de la table et s’étonna pour la centième fois de ne pas y trouver un seul grain de poussière. L’appartement de Bruno ressemblait en tout point à une maison témoin, tout était propre, tout était rangé, rien ne dépassait. On pouvait légitimement croire que personne ne vivait ici.

- Qu’est-ce que tu insinues Nathan, demanda Bruno, que David aurait tué sa femme ? Comme l’autre là... Richard Kimble ?

- Kimble n’a pas tué sa femme, intervint Patrice. C’est justement le principe de toute l’histoire.

- Ah ? Pour une fois que je me souvenais d’un nom...

- Vous savez, il y a un truc qui m’a toujours chiffonné dans « le Fugitif ». Pourquoi la nana prend-elle Harrison Ford en stop ?

- Quoi ? Quelle nana ?

- À un moment, Harrison Ford marche sur le bord de la route. C’est la nuit, elle est seule dans sa voiture et elle prend un grand auto-stoppeur à l’air louche ? Ils veulent nous faire croire ça ?

- Putain mais Nathan, comment tu peux te souvenir d’un détail pareil ?

- Ça m’a toujours gêné, c’est tout. Je veux dire : demande à 100 femmes ce qu’elles feraient si...

Bruno les interrompit :

- Et si on en revenait à David ?

Marquant une pause qu’il espérait dramatique, Nathan repassa dans sa tête la dernière conversation qu’il avait eue avec David. Celui-ci lui avait parut à la fois distant et étonnamment chaleureux. L’abus de politesse et d’intérêt donnait toujours cette impression d’une attention feinte. De plus, ce n’était pas le genre de David.

Nathan n’était pas expert en relations humaines, mais il ne pensait pas que son vieil ami avait les réactions normales de quelqu’un qui venait de perdre sa femme. Il était quasiment sûr que, dans cette situation, personne ne dirait quelque chose du genre de : « Et bien, on dirait que j’ai gagné ce pari : nous avons bel et bien été mariés jusqu’à ce que la mort nous sépare. ».

 

Il s’éclaircit la gorge et reprit :

- Nous sommes tous d’accord pour dire que David s’est comporté de façon étrange ces derniers temps.

- Attends une minute, il faut un mobile, fit remarquer Patrice. On ne tue pas quelqu’un sans mobile. Dans les films policiers, ils cherchent toujours le mobile.

- C’est simple : il voulait gagner le pari qu’on a fait le jour de son mariage.

- Tu plaisantes ? Écoute, j’ai été marié, je peux te dire qu’il existe des tas de raisons de vouloir tuer sa femme et qu’un pari entre amis n’en fait pas partie.

- Tout dépend. Ce pari était important, rappelle toi que...

- Mais arrêtez ! s’écria Bruno. Vous vous rendez bien compte de ce que vous dites ? C’est de David dont on parle ! Sa femme est morte et...

 

Bruno s’éloigna, sous le coup d’une forte émotion. Nathan le considéra un instant. Pourquoi ne comprenait-il pas l’aspect ludique de la chose ? Un mariage précipité, une mort mystérieuse, un ami au comportement suspect... C’aurait été un crime que de ne pas profiter de ces évènements inhabituels pour se livrer à ce genre de jeux intellectuels. Mais Bruno avait été nourri dans un nid de valeurs morales bien implantées : la fidélité, le respect... Et une carence totale de second degré et de cynisme. Nathan leva les yeux vers Bruno qui revenait déjà, ses colères ne duraient jamais très longtemps.


- Cette femme est morte ! C’était l’épouse de notre ami ! Comment... Parfois, je ne vous comprends vraiment pas.

- Bon très bien, concéda Nathan. Ne parlons plus de ça.

Le silence dura quelques secondes.

- Je ne me rappelle plus du tout de cette femme qui le prend en stop, émergea Patrice. C’est à quel moment ? Ça ne me dit rien du tout.

- Juste avant que Tommy Lee Jones ne descende le type qui s’était évadé avec Harrison Ford.

- Le gros black bodybuildé ?

- Oui, c’est ça.

- En parlant de bodybuilding, je crois que David a encore trouvé une nouvelle méthode de remise en forme, ou je ne sais quoi. Il m’en a parlé l’autre jour. J’étais un peu distrait parce que... Vous savez, il est friand de ce genre de trucs, il change tous les mois. Il m’a paru enthousiaste en tout cas.

- Ah oui ?

- Oui, il m’a parlé de combattre le mental réactif, de développement personnel... Le truc habituel, tu connais la chanson. Je ne sais plus comment il appelait ça... Un mot qui ressemble à diagnostic je crois...


Bruno pâlit et fixa un moment, interdit, ses deux amis. Il s’éloigna et revint avec un petit prospectus, soigneusement plié, qu’il leur tendit. Dessus, on pouvait lire le mot « Dianétique ».

 

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Celui qui. 30/07/2007 17:58

J'ai préféré les deux premiers épisodes.Si je peux faire une petite critique l'épisode précédent avait un "montage" intéressant, faute de terme plus approprié, et la fin tombait comme un couperet.Ici le même procédé de la révélation-suspens est utilisé. C'est plutôt normal pour un feuilleton. Mais autant une mort (accident, meurtre ?) est un événement que le lecteur comprend facilement, autant la référence à la "dianétique" est assez obscure. Et même en sachant à quoi ça fait référence, je suis pas sûr qu'un personnage pâlisse à sa simple vue. A la limite si c'était le Nécronomicon...Mais bon la critique est facile et je ne ferais pas aussi bien.